"On sacrifie des générations de talents" : le coup de gueule de l'entraîneur Fabien Pollier

Fabien Pollier, entraîneur dans la structure privée Orsatus, a suivi un parcours assez classique avant d’obtenir son diplôme d’État de ski alpin. Mais Fabien a également d’autres cordes à son arc : lui qui a encadré fut un temps de jeunes délinquants, s’intéresse beaucoup aux sciences de l’éducation. Il pose un regard critique sur le système de formation français.

Selon vous, quel est le rôle d’un entraîneur?

Aujourd’hui, on dépend encore beaucoup d’un système qui fonctionne sur la course aux résultats. Il n’y a qu’à se promener autour d’un stade d’entraînement ou de compétition pour en être persuadé. Cette course aux résultats est bien plus puissante que la recherche de la performance par l’épanouissement de nos jeunes skieuses et skieurs qui devrait justement être la principale préoccupation de tout coach.


Qu’est-ce qui ne fonctionne pas?

Nous avons oublié que nos jeunes sont encore en formation, en quête d’identité. Se cantonner à leur mettre la pression par rapport aux résultats est une erreur monumentale, encore plus à un âge où ils sont encore instables émotionnellement. Pour un grand nombre d’entre eux, c’est souvent catastrophique et c’est la cause de nombreux décrochages


Est-ce du ressort des entraîneurs ou du système?

Il faut dire que le système actuel n’aide pas avec des détections exigées dès le plus jeune âge. À force de se concentrer sur les résultats, on en oublie la manière de fonctionner avec les jeunes qui ont besoin d’écoute, de bienveillance, de respect. On pourrait au moins se poser la question de savoir s’ils ne seraient pas plus performants s’ils étaient mieux dans leurs baskets. Mettre la pression à un jeune pour un résultat ne peut être qu’une vision à très court terme. Si on regarde à plus long terme que lui apprend-on en fonctionnant comme ça?


Que pourrait-on mettre en place pour changer les choses?

Prendre le temps. Un athlète se construit petit à petit. Il faudrait que les entraîneurs prennent en compte les particularités de chacun. Nos entraîneurs sont, quant à eux, complètement démunis et incompétents par faute de formation. Il serait intéressant d’apprendre à adopter une bonne posture éducative face aux enfants, adolescents et jeunes adultes, comment se comporter, comment donner l’exemple pour les guider à devenir autonomes, équilibrés et enthousiastes. C’est comme cela qu’on atteindra notre but. Aujourd’hui, on sacrifie des générations de talents pour ne garder que des exceptions. Il est grand temps que la tendance s’inverse.